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J'ai choisi de vous lire, ici, devant elle, des extraits des écrits de
Suzy elle-même :
En 1992, fin du texte écrit par Suzy pour ses enfants : « Récit d'une
vie »
Mes enfants, mes petits-enfants, ils sont le miel de ma vie, tous du
plus âgé au plus jeune. Je leur veux une vie longue, un bonheur sans
faille, une aisance sans épreuves, une chance insolente !
Je quitterai cette terre comme j'ai quitté la Tunisie, comme on sort de
chez soi, sans souci ni crainte.
Je veux que mes filles restent soudées entre elles, avec leur frère
surtout, que mes petites filles également fassent passer la cellule
familiale avant tout le reste, que la moindre épreuve de l'un soit le
souci d'eux tous
Alors, je serai heureuse dans l'autre monde.
En Juin - juillet 2001, extraits de textes écrits après la mort de
Robert, son mari :
Je ne suis à présent la moitié de personne. Veuve. Je suis mutilée,
déséquilibrée, entourée d'un vide vertigineux. C'est tellement violent
que je tourne chez nous comme une toupie...
Je n'ai plus de but, c'est cassé. Je ne me rendais pas compte que nous
étions soudés... Tu étais mon soutien (peut-être étais-je le tien)
La maison n'est plus vivable, tu as emporté sa chaleur ; cette solitude
m'effraie.
J'ai besoin d'écrire sans savoir quoi sinon quelque chose me déborde. Je
n'avais pas appris à vivre seule.
Tu nous a glissé entre les doigts. Nous n'avons pas pu, pas su te
retenir alors que tu voulais rester, je sais. La mort est décidée,
puissante...
Je ressens très physiquement que nous sommes sur terre « en sursis » !
La maison triste, muette, elle a perdu un être cher. Elle est vide,
grande anonyme, froide, déprimante.
Tu es parti et tu as emporté avec toi notre joie, nos projets, laissé
notre chambre étrangère, orpheline, pesante
Depuis ton départ, tout me revient en désordre ; le jour, la nuit...
Je n'ai plus peur de la mort. Tu es parti le premier, tu me retrouveras
un jour, là-haut, pour m'accompagner dans cet « après vie ». Mais quel
vide, ici, quelle absence, cruelle, impossible à combler.
On t'a enlevé à nous. Comment admettre ? On faisait partie d'un tout. |